Elhadj Mamadou Saliou Camara avait pourtant fait le premier pas. L’imam-ratib de la grande mosquée Fayçal, visé par des propos jugés offensants d’Abdourahmane Bella Bah sur les réseaux sociaux, aurait demandé au gouvernement de faire preuve de clémence envers l’activiste. Un geste que la défense a mis en avant tout au long du procès, sans parvenir à empêcher une condamnation.
Le Tribunal de première instance de Dixinn a reconnu Bella Bah coupable, ce mercredi 19 août, d’injure et de diffamation par voie informatique. La peine, six mois de prison, dont cinq avec sursis, et une amende de 40 millions de francs guinéens.
Pourquoi le pardon n’a pas suffi
Le droit pénal fonctionne différemment du droit civil sur ce point précis. Une victime peut renoncer à porter plainte, voire pardonner publiquement, sans que cela n’éteigne l’action du ministère public. C’est le procureur, et non la victime, qui décide de poursuivre ou non une infraction pénale. La volonté d’Elhadj Mamadou Saliou Camara, aussi sincère soit-elle, ne liait donc pas le tribunal.
Les avocats de Bella Bah, Maîtres Alseny Aïssata Diallo et Alpha Amadou DS Bah, le savaient. Leur stratégie ne visait pas à faire tomber les poursuites, mais à peser sur la peine, en l’absence de partie civile, ils réclamaient de larges circonstances atténuantes. Le résultat leur donne en partie raison. Le procureur Oumar Diallo avait requis un an de prison ferme ; le tribunal a retenu six mois, dont un seul immédiatement exécutoire. Les cinq mois assortis de sursis ne sont pas pour autant effacés, ils resteraient dus, en plus d’une éventuelle nouvelle peine, si Bella Bah venait à commettre une nouvelle infraction dans le délai prévu par la loi.
Un dossier révélateur
Cette affaire dépasse le cas individuel de Bella Bah. Elle montre où se situe, aujourd’hui, la ligne rouge en Guinée sur les propos tenus en ligne visant une autorité religieuse, même quand la personne visée renonce à toute action, la justice peut estimer que l’ordre public est en jeu et maintenir des poursuites.
Reste à savoir si Bella Bah fera appel. Ses avocats ont indiqué vouloir d’abord se concerter avec lui avant de trancher.
Par Madiba Kaba








