Le système éducatif guinéen face à ses défis, les choix à opérer pour améliorer la qualité de l’enseignement et la place des compétences nationales dans la conduite des réformes. Ce sont, entre autres, les sujets abordés par IBRAHIMA II BARRY dans une interview accordée à notre média ce mercredi 29 juillet 2026.
Fort de son expérience dans le secteur éducatif et le système scolaire, notamment au niveau du préuniversitaire, ce cadre sortant de l’École normale supérieure de Manéah et qui a gravi presque tous les échelons du système scolaire livre une analyse sans détour sur les difficultés qui persistent, mais aussi sur les leviers qui pourraient permettre de remettre l’école guinéenne sur de meilleurs rails.
Pour IBRAHIMA II BARRY, l’avenir du système éducatif ne peut se construire sans un retour aux fondamentaux : le travail, la compétence et la culture du résultat. Au-delà du simple constat, son message appelle à une transformation profonde de la manière de gérer l’école, en mettant l’apprenant au centre des priorités.
Selon lui, le système éducatif guinéen, particulièrement au niveau du préuniversitaire qu’il connaît mieux, évolue « en dents de scie ». Une situation qui nécessite, à ses yeux, une mobilisation collective des cadres du secteur autour d’une même ambition.
« Il faut que les cadres du système éducatif se donnent la main pour éviter les guerres de clans, les querelles sur les réseaux sociaux et se mettre véritablement à la tâche. L’essentiel, c’est de faire en sorte que tout aille bien au niveau de la salle de classe. »
Mais au-delà des questions de gouvernance, Monsieur II Barry insiste sur un autre enjeu majeur : la formation des élèves et la construction d’une culture du mérite. Pour lui, la lutte contre la fraude aux examens ne peut pas être uniquement une réponse administrative au moment des évaluations.
« Ce n’est pas dans une salle d’examen qu’il faut apprendre à un enfant à ne pas frauder. Il faut qu’il grandisse avec ces valeurs. »
Cette réflexion conduit naturellement à la question de la gestion des ressources humaines, considérée comme l’un des piliers de la réussite des réformes. Sur ce point, IBRAHIMA II BARRY défend une approche fondée sur la compétence et l’efficacité.
« Tu as ton travail à faire, tu le fais. Tu obtiens des résultats liés aux objectifs fixés, il n’y a aucun problème, tu travailles avec moi. Tu n’atteins pas les résultats attendus, je cherche quelqu’un capable de les atteindre. Je n’ai pas besoin de savoir si quelqu’un est mon ami ou non. Ce qui compte, ce sont les résultats. »
Pour illustrer sa vision, l’ancien cadre revient sur son expérience à la Direction communale de l’Éducation (DCE) de Matam. Une expérience qu’il présente comme un exemple de la nécessité de prendre des décisions parfois difficiles lorsque l’avenir des élèves est en jeu.
« Lorsque nous sommes arrivés à Matam, on pouvait trouver dans une classe de 6ᵉ année un enfant qui ne savait ni lire ni écrire. »
Face à cette réalité, des mesures de réajustement avaient été prises, notamment la réorientation de certains élèves vers des classes correspondant davantage à leur niveau réel.
« J’ai fait redescendre des enfants en 2ᵉ et 3ᵉ année selon des critères bien définis. J’ai eu des discussions parfois difficiles avec des parents d’élèves, mais finalement j’ai été compris. »
Avec le recul, il considère que cette décision a permis de renforcer les apprentissages fondamentaux.
« Aujourd’hui, je vous parie que vous n’irez pas dans une classe de 9ᵉ, 10ᵉ ou 11ᵉ année à Matam pour trouver un enfant incapable de lire et d’écrire. »
Mais son analyse ne s’arrête pas aux performances scolaires. IBRAHIMA II BARRY pointe également la question de la stabilité institutionnelle, qu’il considère comme une condition indispensable à la réussite de toute réforme éducative.
À ses yeux, les changements fréquents à la tête du ministère de l’Éducation empêchent souvent les programmes engagés d’arriver à maturité.
« C’est frustrant pour ceux qui ont suivi des formations liées à l’éducation de voir un ministre rester cinq mois, un autre une année, sans avoir le temps d’achever ses projets. Un ministre commence un plan d’action, il part, un autre arrive et recommence à zéro. Finalement, ce sont les enfants du pays qui en pâtissent. »
Au terme de cet entretien, IBRAHIMA II BARRY lance un appel à une meilleure valorisation des compétences nationales. Pour lui, la Guinée dispose déjà des ressources humaines nécessaires pour relever le défi éducatif.
« Il y a des cadres sur place formés dans les instituts d’enseignement supérieur, qui ne sont pas forcément partis à l’extérieur, qui ne sont pas forcément docteurs, mais qui sont de fins techniciens et de grands pédagogues compétents et expérimentés, capables de faire avancer ce pays sur le plan éducatif. »
Par Ibrahima Sory Touré








