Le Musée national de Guinée, à Sandervalia, a servi de cadre ce lundi à la célébration de la Journée internationale des musées. L’événement a réuni autorités, diplomates, chercheurs et acteurs culturels autour des enjeux liés à la préservation de la mémoire, à la modernisation des institutions et à la restitution du patrimoine africain.
Placée sous le thème « Les musées unissent un monde divisé », la rencontre a été ouverte par une minute de silence en hommage aux anciens travailleurs du musée disparus ou empêchés pour raisons de santé.
Le directeur général du Musée national de Guinée, Mohamed Amirou Conté, a insisté sur la portée symbolique de cette journée à l’échelle mondiale. Il a déclaré : « Aujourd’hui, 37 000 musées dans 158 pays s’expriment d’une même voix. Le Musée national de Guinée ouvre ses portes et invite chacun : cette maison est la vôtre. »
Abordant les fractures culturelles et mémorielles, il a estimé que les musées jouent un rôle essentiel de rapprochement. « Le monde est encore traversé par des divisions entre ceux qui détiennent les objets du patrimoine et ceux à qui ils appartiennent par l’histoire », a-t-il indiqué, rappelant que le musée reste un lieu de dialogue et de reconstruction des liens.
Il a également mis en avant les mutations en cours au sein de l’institution, notamment la numérisation des collections. « Un objet peut disparaître, mais sa trace numérique permet de le préserver », a-t-il souligné. Le directeur a par ailleurs noté une évolution de la fréquentation, marquée par la présence croissante des jeunes. « Le musée n’est plus seulement un lieu de visite, il est devenu un espace de vie », a-t-il ajouté.
Le directeur de l’IRPLA, Dr Ismaïlou Baldé, a pour sa part présenté les avancées du projet PROV-GUI, consacré à la recherche de provenance des collections guinéennes conservées à l’étranger. Il a expliqué que plusieurs milliers d’objets ont déjà été recensés dans des institutions internationales, notamment en Europe. Ce travail scientifique vise à mieux documenter le patrimoine national et à préparer les futures démarches de restitution.
L’ambassadeur de France en Guinée et en Sierra Leone, Luc Briard, a salué les progrès réalisés dans le domaine de la restitution des biens culturels. Il a évoqué les évolutions du cadre juridique français et insisté sur la nécessité de renforcer la coopération entre institutions scientifiques et culturelles des deux pays.
Le ministre de la Culture, du Tourisme et de l’Hôtellerie, Moussa Moïse Sylla, a mis en avant l’engagement de l’État en faveur du secteur culturel. Il a rappelé la signature d’un financement de 16 millions d’euros avec l’Agence française de développement, destiné à moderniser les infrastructures muséales.
Ce programme prévoit la mise en place de réserves modernes, de laboratoires et d’espaces dédiés à la recherche et à la création artistique. Le ministre a également évoqué le programme Simandou 2040, qui prévoit l’implantation de musées dans les régions du pays afin de rapprocher la culture des populations.
Il a conclu en affirmant que « la culture n’est pas un luxe, mais une responsabilité collective », ajoutant qu’« un pays qui ne fréquente pas son musée s’éloigne de sa propre histoire ».
La cérémonie s’est achevée sur une vision commune : faire du Musée national de Guinée un espace ouvert, vivant et tourné vers l’avenir, au service de la mémoire, du partage et du dialogue entre les générations.
Par Madiba Kaba







